Je suis face à la tombe de ma mère. Elle est couverte de photos de magazines, de lettres de fans, de fleurs. Soso s'accroupit pour lire l'épitaphe, elle vire les quelques coupures de journaux qui la recouvre. Je dis : "il y a écrit quoi dessus : "taf taf épitaphe" ?"
- Non, il y a écrit : "Adieu maman"...
- J'ai jamais fait faire cette épitaphe, je ne suis même jamais venu ici.
- On s'en fout. Ton père a dû faire l'épitaphe. On est venu pour que tu puisses te recueillir sur la tombe de ta mère, t'as des comptes à régler avec elle, je te laisse seul, j'attends plus loin.
- Merci.
Soso s'éloigne et se retourne vers moi, comme frappée par la grâce. Elle dit : "tu viens de dire quoi là ? T'as pas dit "merci" ?"
- Non, va jouer avec ton vagin, la tombe de Jim Morrison est pas loin.
Soso s'éloigne, me faisant signe d'aller me faire foutre.
Je me reconnecte sur la tombe de ma mère. Je saisis toutes les photos et coupures de magazines, les déchire et les jettent dans une poubelle pas loin. J'attrape l'épitaphe que je suis censé avoir rédigée, la mets dans ma poche et m'assieds sur le sol, face à la tombe.
Dix minutes passent, je ne pense à rien, je n'éprouve rien.
Soudain, je pense à mes parents, à moi petit, à ma mère... et je réalise que je n'aurai plus jamais l'occasion de lui dire tout ce que je ressens pour elle : qu'elle n'a toujours été qu'une grosse pute égoïste et que seuls son ego et ses fans débiles pleureront sa mort.
Je me relève difficilement, mes membres sont toujours faibles. J'appelle Soso qui attend au loin. Je regarde une dernière fois la tombe de ma mère et chuchote : "j'aurais été tellement plus heureux si tu avais pris le temps de m'aimer. Va au diable".
Je sens des larmes couler sur mon visage. Soso m'attrape par le bras, m'embrasse sur la joue et dit : "Viens, on y va, je vais m'occuper de toi maintenant".
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