mercredi 3 septembre 2008

Déchéance

Je suis cloîtré chez moi depuis une durée que je ne saurais définir. Cela fait des jours, des semaines, peut-être des mois. Je contemple les restes d’une pizza moisie (à la base, elle n’était pas aux champignons) dans laquelle des œufs de mouches ont éclos.

Le téléphone ne sonne plus depuis que je l’ai débranché. La batterie de mon portable est morte. Tous les jours, des gens que je connais ne cessent de sonner à ma porte sans obtenir de réponse.
Je suis à poil dans le salon, enfoncé dans mon canapé qui commence à sentir le cadavre, mon sexe me donne l’impression de se dessécher. J’ai les jambes engourdies et mes joues sont couvertes de barbe. Le déodorant est un confort que je semble avoir oublié et mes yeux me donnent des migraines. Mes idées se mélangent à mesure que mon crâne me comprime le cerveau.
Je tourne légèrement la tête en direction des toilettes d’où provient une délicate odeur de merde qui ne me sort guère de ma torpeur. Je m’allonge sur le canapé et ferme les yeux, le regard submergé par une montagne de mouchoirs entassés sur ma table basse, à côté de la pizza devenue un mini monde grouillant de larves en tous genres.

La sonnette retentit et me sort de l’oblivion dans lequel je m’enfonce de plus en plus. Des mouches tournent en rond au-dessus de moi, telles des vautours prêts à me bouffer.

La sonnette me hurle une seconde fois dans les oreilles, le son strident me faisant grincer des dents. Je sens que mes oreilles vont saigner.
- Ouvre putain ! Je sais que tu es là, ça sent le chacal putride.
- Fous le camp Soso !
- Nan !
- Dégage je te dis ! (en matière d’effort, dire ça équivaut pour moi à soulever une voiture)
- Tu veux que je demande aux pompiers de défoncer ta porte ? ça fait presque trois mois que tu ne donnes pas de nouvelles. J’ai eu ton père au téléphone, t’es pas allé à l’enterrement de ta mère, personne ne t’a vu depuis sa mort.
- C’est mon père qui t’a dit pour ma mère ?
- Non, je l’ai lu dans les journaux, tout le monde ne parle que de ça depuis plus de deux mois.
- …
- Aller ouvre putain !
- C’est ouvert, tourne la chevillette et la bobinette cherra.

Soso déboule dans le salon, telle une furie. Elle s’arrête net en me voyant, visiblement choquée :
- Putain de merde !
- Ça va, c’est juste une bite, t’en déjà vu une.
- Mais non pas ça, je m’en fous que tu sois à poil : T’ES TOUT MAIGRE MEC !!!
- …
- Mon dieu, ça pue la merde. T’es devenu tellement maigre et faible que tu ne peux plus te déplacer jusqu’aux toilettes, c’est ça hein ?
- Arrête, j’ai quand même la décence de faire mes besoins au bon endroit.

Elle fonce dans les WC et ressort la main devant la bouche, je crois qu’elle va gerber.
- Ouais mais tu pourrais avoir la décence de tirer la chasse.
- Mmm… pas con…

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