lundi 15 septembre 2008

Recueillement

Soso m'a aidé à nettoyer mon appart. Nous avons ensuite pris une douche ensembles afin qu'elle puisse m'aider à tenir debout. Il m'a ensuite fallu une vingtaine de minutes pour m'habiller tellement mes bras et mes jambes me faisaient mal. Pour que mon pantalon le plus serré ne retombe pas à mes genoux, Soso a percé un nouveau trou dans une de mes ceintures.
Soso dit : "maintenant, on va rendre visite à ta maman..."

Nous sommes dans la rue, je marche lentement, un bras autour du coup de Soso qui m'encourage pour avancer. Tous les passants me dévisagent. Je fais semblant de baver et pousse ce que l'on pourrait appeler "des gémissements de poulpe" pour leur faire peur.
Sur le chemin qui mène au cimetière, je ne parle pas, je repense à ces trois derniers mois : je me vois rentrer tranquillement chez moi un soir, après m'être tapée une nana rencontrée dans un bar. Je me rappelle m'être retrouvé avec un bout de salade sur la bite après une sodomie. J'ai dû dire un truc du genre : "Manifestement, tu digères mal la salade".
Le lendemain matin, je reçois un coup de fil de mon père : "ta mère est morte". Et depuis, plus rien, je ne suis plus sorti de chez moi, je n'ai plus répondu à personne. Sauf de temps en temps, pour dire "foutez-moi la paix", histoire qu'on ne m'envoie pas les pompiers ou les flics pour défoncer ma porte.

Nous arrivons devant l'une des entrées du cimetière du Père Lachaise. Je sens mon corps se décontenancer à la vue des tombes qui jonchent l'allée principale. Je regarde l'heure, 12h47. Le cimetière est plein de touristes. Un enfant s'approche de moi en me pointant du doigt : "papa regarde, un fantôme !"
Je me penche vers le gosse et dis : "demande à ton papa s'il se touche en pensant à toi".
L'enfant fait demi tour pour poser la question à son père.
Soso dit : "putain t'es vraiment con, viens par là avant de te faire frapper par le père". Je dis : "eh ben moi, j'ai même pas peur !"
Nous empruntons un petit chemin qui serpente entre des tombeaux plus ou moins laissés à l'abandon. La plupart contiennent des bouteilles de bière, des sacs plastiques et des tampons sans applicateur*.
Soso dit : "nous ne sommes plus très loin de ta maman, il doit encore y avoir des fans venus la pleurer". Je relève la tête et déjà je sens des larmes couler sur mes joues.

*selon vous, l'information "sans applicateur" est-elle capitale pour la progression du récit ?
A - OUI
B - NON
C - C'est quoi en fait un "applicateur" ?

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