Très chers lecteurs (et amis pour certains), dans la vie d'un homme qui obéit aux dures lois du temps, de l'espace et de la détresse psychologique, arrive un moment où l'esprit ne suffit plus à maintenir la conscience hors de la cage virtuelle de l'apathie.
Nous pensons tous trouver (ou avoir trouvé) des moyens propices à notre épanouissement et à faire quelque part la découverte d'un nouveau canal d'expression. Ce canal, que nous utilisons pour nous livrer aux autres, peut prendre différentes formes : la musique, le dessin, le théâtre, la cuisine, la photographie, l'écriture ou encore la sodomie. Pour ma part, l'écriture a été mon canal d'expression, d'où l'existence de ce blog. Pendant un temps, cet exutoire littéraire a été salvateur pour ma santé mentale. Mais le monde et les affres de la vie auront toujours une suprématie écrasante sur la manière dont nous (et là je parle de la catégorie de gens à laquelle j'appartiens : "les grands prématurés de la vie") percevons la réalité.
Ma pute de mère m'a expulsé de son placenta au bout d'à peine 7 mois de grossesse et c'est je crois, le facteur déterminant qui m'a toujours poussé (malgré moi) à mener une existence au bord de la courbe de la "normalité". Lorsque ta vie débute 2 mois avant le point zéro du commencement, tu te dis que tu as peut-être expérimenté une forme de voyage dans le passé t'offrant la possibilité d'être spectateur d'une période que tu as failli rater. Sauf que bien des années plus tard, ton corps se souvient encore de ce voyage sur l'asymptote de la vie où des tubes en plastique et en caoutchouc te sortaient par tous les orifices. Ton organisme en porte encore les stigmates invisibles alors que ton cerveau bourré de gras, de synapses et de neurones que tu détruis avec l'alcool et les mauvaises drogues, n'était pas encore assez opérationnel pour générer des souvenirs (même flous) de ce très mauvais trip.
Avec un temps d'avance sur les autres, tu t'imagines déjà jouissant ton sperme sur les seins de ta prof de dernière année de maternelle alors que tu es encore persuadé que le Père Noël existe et qu'il t'apportera l'île des pirates en Lego. Puis tu grandis et tes hormones te travaillent de plus en plus. Tu aimerais toucher les filles là où c'est interdit et passer du temps en leur compagnie mais pour ça, il faudrait que tu sortes plus de chez toi, ce qui devient impossible à cause de ta schizophrénie effective latente qui couvait depuis ta naissance et qui commence à pointer le bout de son cul.
En effet, pendant toute ma prime jeunesse, j'avais peur des gens et du monde qui m'entourait. Cette forme d'agoraphobie doublée de paranoïa dura jusqu'à l'adolescence où j'eus une révélation : en fait, je haïssais simplement le monde parce que je ne le comprenais pas (et c'est toujours le cas aujourd'hui). Le sentiment de haine te fait passer de "trouillard peureux" à "gros connard qui se sent intouchable". Cette haine s'est accrue avec le temps et m'a donné un sentiment de puissance qui m'a progressivement déresponsabilisé de l'ensemble de mes actes. Si vous voulez des exemples, (re)lisez le blog en entier avant que je ne le ferme définitivement (le 28 mars).
Je ne me sens pas à ma place à cause de mon avancée temporelle car les gens semblent toujours décalés par rapport à ma perception de la réalité. J’évolue sans cesse dans un alter-monde où je suis seul maître à bord et où l’ordre établi laisse place au chaos perpétuel qui m’empêche de planifier des choses. Pour moi la notion de "plan" est inexistante, mes choix, mes décisions ou mes actes se succèdent pour intervenir dans un futur immédiat. J’ai pourtant essayé de "m’adapter", mais en vain. Quoique je fasse, je me retrouve à la case départ.
Un homme (au sens humain) reste un homme (toujours au sens humain) et je pense que mon erreur a été de faire croire à mon cerveau que la réalité était autre que ce qu'il analysait. Il s'en est suivi un brusque, violent et triste retour à la vie réelle. Cette noire puissance qui faisait ma carapace s'est fissurée à la mort de ma mère pour finalement voler en éclats lorsque mon meilleur ami a trouvé la mort en conduisant ivre (il l'avait bien cherché, mais c'était quand même mon ami). Je n'ai donc plus trouvé la force d'écrire sur ce blog puisque la réalité que je croyais légère était soudain devenue très lourde de sens et de conséquences. Aussi n'ai-je rien trouvé de plus intelligent que de prendre certaines substances comme le LSD, qui a tendance (pendant la dizaine d'heures que durent les effets de cette drogue) à me replonger dans l'époque où le monde m'effrayait. Cumulés sur plusieurs jours, les effets de la drogue ont induit chez moi une régression psychologique progressive où mon esprit se rapprocha peu à peu de ma vie de bébé, 2 mois avant son commencement. J'entrevois donc aujourd'hui les bribes de souvenirs enfouis que je croyais inexistants et qui me renseignent sur ma vie de prématuré.
Au commencement de la vie, il y a la lumière qui vous éblouit. Au commencement de la mienne, la lumière m'a effleuré pour laisser place à une période de néant dont je ne saurais définir la durée. Et ces derniers temps, j'expérimente des voyages qui me permettent d'explorer ce néant endormi pour mieux l'affronter lorsqu'il se réveillera...
Bref, je vous souhaite une vie longue et pleine de rebondissements et n'oubliez pas que j'aurai toujours 2 mois d'avance sur vous.
Cordialement, FRED.
1 commentaire:
C'est une bien triste façon de refermer ton blog...
Enregistrer un commentaire