mardi 30 septembre 2008

Back in Business

Je suis chez moi avec Soso, affalé sur mon canapé. L'épisode du cimetière m'a épuisé.

La sonnerie du téléphone de Soso retentit. Elle répond et me passe le téléphone :
- Allo ?
- Allo Fred ? C'est Clem, je suis avec Romain là. Faut croire que j'ai perdu mon pari, je te croyais mort !
- T'as parié sur moi ?
- Mais non bien sûr que non, on est amis quand même...
- Hé ! Donne-moi mes 50 euros enfoiré ! (c'est Romain)
- Ouais euh... donc ouais, on peut passer chez toi ?
- Non.
Soso me lance un regard bien agressif.
- Ouais d'accord, mais pas tout de s...
La sonnette de mon appartement me hurle dans les oreilles, Soso ouvre la porte. Ces deux abrutis étaient derrière ma porte depuis le début.
Clem entre le premier et dit : "J'ai appris pour ta mère, c'est balo. Mais en même temps, un membre de ta famille en moins sur la planète, c'est un peu comme une victoire supplémentaire pour l'humanité !"
- C'est pas faux.
- Hé mais putain t'es tout maigre ! (là c'est Romain).
- J'ai arrêté les tartines au beurre/huile d'olive/nutella/saindoux.
- T'as bien raison. D'ailleurs, y'a pas à bouffer ? J'ai la dalle.

Soso se dirige vers la cuisine. On entend un remue ménage métallique et plastiqueux (c'est un mot que je viens d'inventer et j'en suis très fier), je crois qu'elle fouille dans mes placards. Elle revient trente secondes plus tard : il n'y a plus rien.
Je me lève du canapé et dit : "Si vous voulez les gars, il me reste de la merde et des mouches".
Sophie se tapote le bout du nez avec l'index et ajoute : "Avec du lait, ça pourrait passer pour des flocons d'avoine..."

Je demande : "Romain, c'est quoi ce paquet cadeau sous ton bras ?"
- Ha ça mon Fredo, c'est pour toi. Tiens, cadeau.
- Merci, c'est trop gentil.
Je déballe le truc. Je me retrouve face à une énorme couille, toute blanche. Avec un fil électrique qui en sort. Je demande : "Pourquoi tu m'offres une burne ?"
- C'est pas juste une burne, regarde, je vais la brancher.
Romain branche la couille et appuie sur un petit bouton. Le truc s'allume et se met à éclairer la pièce.
- C'est une "gonade lumineuse" ! C'est génial hein ?
- Mais putain, où t'as acheté une merde pareille ? (là c'est Soso, moi je suis aux anges devant un truc aussi génialement moche qu'inutile).
- J'ai acheté ça au BHV, la vendeuse s'est un peu foutue de ma gueule quand je lui ai demandé si elle avait des "gonades lumineuses". Quand elle a compris que je parlais d'une lampe, elle m'a aidé à en trouver une dans les rayons. Il se trouve qu'en fait, ce type de lampe s'appelle : "gonophore".

Nous nous regardons tour à tour dans les yeux, Clem, Romain, Soso et moi. Soso tire une tête de 15 mètres, Clem est mort de rire, Romain semble tout fier de sa trouvaille et moi, je commence vraiment à retrouver le sourire...

lundi 29 septembre 2008

Maman

Je suis face à la tombe de ma mère. Elle est couverte de photos de magazines, de lettres de fans, de fleurs. Soso s'accroupit pour lire l'épitaphe, elle vire les quelques coupures de journaux qui la recouvre. Je dis : "il y a écrit quoi dessus : "taf taf épitaphe" ?"
- Non, il y a écrit : "Adieu maman"...
- J'ai jamais fait faire cette épitaphe, je ne suis même jamais venu ici.
- On s'en fout. Ton père a dû faire l'épitaphe. On est venu pour que tu puisses te recueillir sur la tombe de ta mère, t'as des comptes à régler avec elle, je te laisse seul, j'attends plus loin.
- Merci.

Soso s'éloigne et se retourne vers moi, comme frappée par la grâce. Elle dit : "tu viens de dire quoi là ? T'as pas dit "merci" ?"
- Non, va jouer avec ton vagin, la tombe de Jim Morrison est pas loin.

Soso s'éloigne, me faisant signe d'aller me faire foutre.
Je me reconnecte sur la tombe de ma mère. Je saisis toutes les photos et coupures de magazines, les déchire et les jettent dans une poubelle pas loin. J'attrape l'épitaphe que je suis censé avoir rédigée, la mets dans ma poche et m'assieds sur le sol, face à la tombe.

Dix minutes passent, je ne pense à rien, je n'éprouve rien.

Soudain, je pense à mes parents, à moi petit, à ma mère... et je réalise que je n'aurai plus jamais l'occasion de lui dire tout ce que je ressens pour elle : qu'elle n'a toujours été qu'une grosse pute égoïste et que seuls son ego et ses fans débiles pleureront sa mort.

Je me relève difficilement, mes membres sont toujours faibles. J'appelle Soso qui attend au loin. Je regarde une dernière fois la tombe de ma mère et chuchote : "j'aurais été tellement plus heureux si tu avais pris le temps de m'aimer. Va au diable".

Je sens des larmes couler sur mon visage. Soso m'attrape par le bras, m'embrasse sur la joue et dit : "Viens, on y va, je vais m'occuper de toi maintenant".

lundi 15 septembre 2008

Recueillement

Soso m'a aidé à nettoyer mon appart. Nous avons ensuite pris une douche ensembles afin qu'elle puisse m'aider à tenir debout. Il m'a ensuite fallu une vingtaine de minutes pour m'habiller tellement mes bras et mes jambes me faisaient mal. Pour que mon pantalon le plus serré ne retombe pas à mes genoux, Soso a percé un nouveau trou dans une de mes ceintures.
Soso dit : "maintenant, on va rendre visite à ta maman..."

Nous sommes dans la rue, je marche lentement, un bras autour du coup de Soso qui m'encourage pour avancer. Tous les passants me dévisagent. Je fais semblant de baver et pousse ce que l'on pourrait appeler "des gémissements de poulpe" pour leur faire peur.
Sur le chemin qui mène au cimetière, je ne parle pas, je repense à ces trois derniers mois : je me vois rentrer tranquillement chez moi un soir, après m'être tapée une nana rencontrée dans un bar. Je me rappelle m'être retrouvé avec un bout de salade sur la bite après une sodomie. J'ai dû dire un truc du genre : "Manifestement, tu digères mal la salade".
Le lendemain matin, je reçois un coup de fil de mon père : "ta mère est morte". Et depuis, plus rien, je ne suis plus sorti de chez moi, je n'ai plus répondu à personne. Sauf de temps en temps, pour dire "foutez-moi la paix", histoire qu'on ne m'envoie pas les pompiers ou les flics pour défoncer ma porte.

Nous arrivons devant l'une des entrées du cimetière du Père Lachaise. Je sens mon corps se décontenancer à la vue des tombes qui jonchent l'allée principale. Je regarde l'heure, 12h47. Le cimetière est plein de touristes. Un enfant s'approche de moi en me pointant du doigt : "papa regarde, un fantôme !"
Je me penche vers le gosse et dis : "demande à ton papa s'il se touche en pensant à toi".
L'enfant fait demi tour pour poser la question à son père.
Soso dit : "putain t'es vraiment con, viens par là avant de te faire frapper par le père". Je dis : "eh ben moi, j'ai même pas peur !"
Nous empruntons un petit chemin qui serpente entre des tombeaux plus ou moins laissés à l'abandon. La plupart contiennent des bouteilles de bière, des sacs plastiques et des tampons sans applicateur*.
Soso dit : "nous ne sommes plus très loin de ta maman, il doit encore y avoir des fans venus la pleurer". Je relève la tête et déjà je sens des larmes couler sur mes joues.

*selon vous, l'information "sans applicateur" est-elle capitale pour la progression du récit ?
A - OUI
B - NON
C - C'est quoi en fait un "applicateur" ?

mercredi 3 septembre 2008

Déchéance

Je suis cloîtré chez moi depuis une durée que je ne saurais définir. Cela fait des jours, des semaines, peut-être des mois. Je contemple les restes d’une pizza moisie (à la base, elle n’était pas aux champignons) dans laquelle des œufs de mouches ont éclos.

Le téléphone ne sonne plus depuis que je l’ai débranché. La batterie de mon portable est morte. Tous les jours, des gens que je connais ne cessent de sonner à ma porte sans obtenir de réponse.
Je suis à poil dans le salon, enfoncé dans mon canapé qui commence à sentir le cadavre, mon sexe me donne l’impression de se dessécher. J’ai les jambes engourdies et mes joues sont couvertes de barbe. Le déodorant est un confort que je semble avoir oublié et mes yeux me donnent des migraines. Mes idées se mélangent à mesure que mon crâne me comprime le cerveau.
Je tourne légèrement la tête en direction des toilettes d’où provient une délicate odeur de merde qui ne me sort guère de ma torpeur. Je m’allonge sur le canapé et ferme les yeux, le regard submergé par une montagne de mouchoirs entassés sur ma table basse, à côté de la pizza devenue un mini monde grouillant de larves en tous genres.

La sonnette retentit et me sort de l’oblivion dans lequel je m’enfonce de plus en plus. Des mouches tournent en rond au-dessus de moi, telles des vautours prêts à me bouffer.

La sonnette me hurle une seconde fois dans les oreilles, le son strident me faisant grincer des dents. Je sens que mes oreilles vont saigner.
- Ouvre putain ! Je sais que tu es là, ça sent le chacal putride.
- Fous le camp Soso !
- Nan !
- Dégage je te dis ! (en matière d’effort, dire ça équivaut pour moi à soulever une voiture)
- Tu veux que je demande aux pompiers de défoncer ta porte ? ça fait presque trois mois que tu ne donnes pas de nouvelles. J’ai eu ton père au téléphone, t’es pas allé à l’enterrement de ta mère, personne ne t’a vu depuis sa mort.
- C’est mon père qui t’a dit pour ma mère ?
- Non, je l’ai lu dans les journaux, tout le monde ne parle que de ça depuis plus de deux mois.
- …
- Aller ouvre putain !
- C’est ouvert, tourne la chevillette et la bobinette cherra.

Soso déboule dans le salon, telle une furie. Elle s’arrête net en me voyant, visiblement choquée :
- Putain de merde !
- Ça va, c’est juste une bite, t’en déjà vu une.
- Mais non pas ça, je m’en fous que tu sois à poil : T’ES TOUT MAIGRE MEC !!!
- …
- Mon dieu, ça pue la merde. T’es devenu tellement maigre et faible que tu ne peux plus te déplacer jusqu’aux toilettes, c’est ça hein ?
- Arrête, j’ai quand même la décence de faire mes besoins au bon endroit.

Elle fonce dans les WC et ressort la main devant la bouche, je crois qu’elle va gerber.
- Ouais mais tu pourrais avoir la décence de tirer la chasse.
- Mmm… pas con…