Marjorie a focalisé son attention sur la discussion sus-mentionnée et réussit pourtant à avoir des échanges verbaux avec moi en me comprenant et me en donnant des réponses qui ont un sens.
J'attrape la boulette de wasabi sur le bord de mon plateau et la mets dans ma bouche. Marjorie me regarde avec un air inquiet. Elle me demande ce qui me prend.
- Mmm... ça pique pas tant que ça.
- T'es tout rouge. Arrête de le mâcher, avale-le ça piquera moins.
- Mais... (je commence à avoir du mal à parler et garder les yeux ouverts) ça pique pas putain... (mes yeux pleurent et mon nez me brûle).
J'attrape un verre d'eau et l'avale d'un trait.
Marjorie me dit : "Non mais t'es trop con, t'as voulu me prouver quoi ?"
- Je sais pas je voulais expérimenter. Je me sens pas bien là.
- On dirait que tu vas vomir...
- Possible... je vais aux toilettes.

Je titube sur trois mètres et tombe à genoux devant l'entrée des toilettes, juste à côté des cuisines. Le chef me regarde, le couteau encore en l'air pour trancher du poisson (ou autre chose, son regard ne me rassure pas à cet instant précis).
Je gerbe. Et pour le faire avec style, je pivote mon corps pour arroser de droite à gauche. J'en mets partout dans l'entrée de la cuisine et devant la porte des toilettes. Marjorie se précipite vers moi. Mais que peut-elle bien faire à part attendre que je termine ? Elle se saisit d'un verre d'eau et de serviettes en papier pour me les tendre. Je m'essuie la bouche avec les serviettes et bois le contenu du verre d'un seul coup. Je me relève doucement en manquant de me ramasser par terre. Soudain, quelque chose me saute aux yeux : j'ai épargné mes chaussures et mon pantalon. J'ai gerbé proprement.
Marjorie retourne à notre table chercher nos affaires, je sors un billet de 50 euros de ma poche, le donne à une serveuse et dis : "Gardez la monnaie pour le nettoyage".
Marjorie m'entraîne dehors, elle dit : "C'est pas possible, ça peut pas être que le wasabi..." Je lui réponds que j'ai déjà pas mal picolé dans la journée et que ça a peut-être contribué au résultat de mon expérience wasabienne, bien que la relation de cause à effet reste encore à prouver. Elle me fait une sorte de sourire peiné, le genre de sourire qu'on lâche à un leucémique en phase avancée qui a trouvé la force de faire une blague de toto.
Marjorie dit : "J'habite à côté si tu te souviens, tu peux dormir chez moi si tu veux, mais n'espère même pas m'embrasser ou me faire quoi que ce soit ce soir. Tu pues la mort".
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