jeudi 3 janvier 2008

Le retour de Marjorie 1

Mercredi 2 janvier.
Il est 18h30, je suis dans ma chambre, caleçon simpsons et sweat à capuche (la capuche sur la tête évidemment, comme si j'avais pas assez chaud, mais parfois je suis un peu con). Je suis assis sur mon lit, un livre dans la main droite et une clope dans la main gauche. Je fixe une tâche de sang sur mon papier peint en me demandant depuis combien de temps elle est là.
Mon téléphone sonne. C'est Marjorie :
- Alors comme ça on ne me rappelle pas ?
- Euh... ben non.
- ...
- Je t'avais donné mon numéro ?
- Non. Clem me l'a donné.
- Ok. Tu veux quoi ?
- Ben déjà bonne année !
- Toi-même.
- Tu fais quoi ce soir ? ça te dit un resto ? Un japonais tiens, pour faire original.
- ...
- Alors ?
- On dit quoi ? 20h en haut du boulevard St-Michel ?
- ça marche ! Bisous !
- Tchou tchou.

20h17
J'arrive à l'intersection du boulevard St-Michel et de la rue Monsieur Le Prince, LA rue qui comporte un nombre trop important de restos japonais (tenus par des chinois).
J'aperçois Marjorie. Elle me sourit, m'embrasse sur la joue en me disant bonsoir et me reproche mon retard en me claquant la fesse.
Je l'attire dans la rue Monsieur le Prince. Je m'arrête un instant pour réfléchir et je m'aperçois que ma main s'est involontairement posée sur sa hanche.
Je la regarde dans les yeux :
- Je vois que tu donnes toujours dans la frange.
- Je t'emmerde. Trouve-nous un resto.
- Lequel choisir ? Plouf plouf… Celui-ci fera l’affaire.

Nous pénétrons dans un restaurant. Pour atteindre la banquette, Marjorie doit effectuer une sorte de reptation pour parvenir à se faufiler entre notre table et la table voisine. Nous nous asseyons, nous sommes serrés entre deux autres couples. L’un d’eux doit avoir la trentaine, ils mangent, ne se disent rien. La serveuse nous donne les cartes. J’ouvre la mienne, et c’est un véritable ballet de formes et de couleurs : rouge, orange, vert, jaune… Je regarde Marjorie qui semble captivée par le contenu des menus. Je me dois de noter un effort vestimentaire de sa part : un jean bleu clair délavé, un petit haut noir (en fait, un t-shirt moulant à manches très courtes), et par-dessus, une veste kaki qu’elle vient d’ôter pour se mettre à l’aise. De mon côté, t-shirt rouge sang pas trop moulant et jean bleu, classique, avec pattes évasées, pour recouvrir la plus grande partie de mes Vans qui me font transpirer des pieds. Marjorie me demande quel menu je vais prendre, je lui réponds : "J’attends de voir ce que tu prends pour adapter mon choix en fonction du prix. J'ai un budget limité ce soir. La drogue et les putes coûtent cher ces derniers temps".

La serveuse se poste à côté de nous, sort son calepin et nous dit : "Z’avé choisi ?"
Marjorie déclare de manière intelligible et irréfutable :
- Je prendrai le menu N17 !
- Pareil pour moi. Et une carafe d’eau, s’il vous plaît.
La serveuse ramasse les cartes et s’en va. Je regarde autour de moi, personne ne parle, tout le monde est plongé dans son plat. Je romps le silence : "J’vais pisser." Ah merde ! La salade de chou et la soupe arrivent, j’irai après.

- J’ai vu un reportage sur les conditions de vie des jeunes français, me lâche-t-elle. Apparemment les jeunes se suicident de plus en plus. Ils sont dépressifs. Ils prennent des antidépresseurs très tôt, parfois dès l’adolescence.
- Oui je sais, mais tu sais, la "normalité" aujourd’hui c’est d’être névrosé. Mais peut-être que certains se suppriment juste pour réguler la densité de population... putain, ils n’ont pas mis de cuillères pour la soupe aux champignons. Serveuse !
La serveuse arrive en trottinant. Je dis : "Pourriez-vous, s’il vous plaît, nous prêter pas une, mais deux cuillères afin que nous nous délections du potage ici présent, qui n’est qu’un mélange de sel, d’eau chaude tirée du robinet et d’ersatz de champignons surgelés et qui sent le sperme ?"
La fille me dit qu’elle n’a pas compris. Je dis : "Deux cuillères pour la soupe, s’il vous plaît."

Marjorie me demande ce que j’ai pris la dernière fois que j’ai mangé japonais. Je lui réponds : "La serveuse…"
- Quoi ? Qu’est-ce que... ho ta gueule !
- Non c’est vrai, tu vois la fille là-bas ? Cheveux raides, noirs, les yeux bridés, enfin la chinoise quoi, celle qui me regarde d’un air extrêmement mauvais. Elle m’a fait signe de la rejoindre aux toilettes, elle a baissé son pantalon et m’a présenté son cul, dans lequel j’ai inséré ma bite. Au bout d’une minute, je me suis aperçu que c’était un mec…
- Putain ! Je bouffe merde !
- Ho c'est bon, si on peut même plus péter des culs au restaurant...
Marjorie se met à me faire du pied à ce moment là.

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