samedi 29 décembre 2007

Joyeux Noël

Le soir du 25 décembre, Clem et moi sortons boire un coup vers minuit. Après avoir lutté pour trouver un truc ouvert, on se pose au comptoir d'un bar vers censier-daubenton.

Le barman s'approche de nous en tirant la tronche. Travailler le jour de noël, ça doit le faire chier.
- Aujourd'hui c'est férié, il y a une majoration sur les consos...
- Ah les verres sont plus grands ?
- Non ils sont pareils, mais c'est plus cher.
- On s'en fout on est riches.
- Moi je veux un whisky, un Jackda.
- Pareil.
- ça marche.
Le type s'éloigne.
- Clem. Mon ami, mon frère. T'as eu quoi à noël ?
- 200 euros en cumulant tous les donateurs, des chokobons et les trois BDs Blacksad. Et toi ?
- 1000 euros en cumulant les donateurs, une écharpe, un t-shirt "fraise tagada" et le dernier Bret Easton Ellis.
- Putain 1000 euros, t'es juif ?
- Non.
- Tu pourrais...
Le barman nous apporte nos verres. Il annonce : "19 euros".

Clem me raconte un article qu'il a lu dans le journal la veille : dans un hôpital parisien, il y a un anesthésiste qui s'est retrouvé en procès. Il travaillait de nuit et certaines de ses patientes s'étaient vénèrent à la sortie de leur anesthésie, parce qu'elles se réveillaient avec un goût bizarre dans la bouche. L'une d'entre elles a cru reconnaître la saveur du sperme.
Je dis : "Et c'est pour ça qu'il est en procès ?"
Clem se marre : "Mais non, il est en procès parce qu'il a fini par se faire coincer. Il a été surpris avec sa bite dans la bouche d'une patiente endormie ! C'est pas génial ça ?"
J'en recrache mon whisky dans le verre pour éclater de rire. Clem se lève tout en rigolant et se gratte le cul devant tout le monde en sautillant.

Une heure plus tard, Clem et moi en sommes à trois verres de whisky. Nous sommes déjà complètement HS.
Clem dit : "Un quatrième ?". Je lui fais signe que oui.
- Attends, c'est noël, on en offre un au négro à côté de nous ? Il a l'air de déprimer...
- Ok, mais dis pas négro, ça se fait pas socialement parlant.
- Oui oui...
- Quand t'es bourré tu parles comme un fanaschiste, tu me fais trop rire. Vas-y, propose donc un verre à bamboula.
Clem se retourne vers le noir, 50 ans à peu près, les cheveux grisonnants, le regard perdu dans le vide.
- Dis-moi euh... oncle Ben's, on te paye un verre ?
Le type ne semble même pas prêter attention à nous. En revanche, le barman, lui, a entendu Clem et le fusille du regard.
Clem se retourne vers moi et dit : "Je crois qu'on va y aller en fait, j'ai dû dire une connerie".
J'enfile mon manteau et me dirige vers la sortie, suivi par Clem.

lundi 24 décembre 2007

Re petit café

Toujours au Café Léa, Romain se rallume une clope et dit : "Non mais attendez les mecs, faut que je vous raconte un truc de ouf déglingo qui pulse à mort..."
- On t'écoute...
- Genre "ouf déglingo", rien que ça.
- Mais ouais. Non mais écoutez, vous allez vous pisser dessus : vendredi dernier, j'étais complètement bourré avec une vague connaissance dont l'amitié remonte à une dizaine d'années, on était pétés jusqu'à la moelle. Pour ne pas perdre la main, je m'enquille une nouvelle pinte de blonde dégueulasse... mais néanmoins bon marché, mais dégueulasse, mais bon marché, mais dégueulasse, mais bon marché. Là-dessus, je sors une clope pour me donner une certaine contenance et masquer le goût de la bière que je buvais d'ailleurs pour masquer le goût de la clope...
- Attends, je sens que ça va être long. Je reprends un café, qui en veut ?
- Moi.
- Pas fini le mien encore.
- Ok, on t'attend.
- Continue...
- Donc en gros, je me serre une suédoise : blonde archi décolorée, piercing un peu partout, elle parle qu'anglais, en mode "hot sexy bitch fuck fuck fuck". Je la ramène chez moi à 5h du mat, avec ma mère qui dormait à côté de ma chambre.
- Nan t'as fait ça avec ta mère ?
- Mais non, pas AVEC ma mère ! Bref, la nana je la déboite et tout. Elle faisait trop de bruit, j'essayais de lui faire comprendre qu'il fallait la jouer discret, mais bon... ma mère qui frappe à la porte en gueulant.
- Noooooooon ! Truc de oouuuuf !
- La chouma, t'as fait quoi du coup ?
- Ben ça s'est fini en préliminaire et on a remis ça le lendemain matin. Puis j'en ai parlé avec ma mère le lendemain midi et on en a rigolé. Mais attendez, c'est pas ça le plus grave : j'ai eu droit à un petit cadeau...
- Un caca ?
- Presque. Le soir je tilte qu'il y a une putain d'auréole dans mon lit, je me dis : "c'est de la transpi !". Mais la transpi ça s'évapore au bout d'une journée quand même. Je m'approche pour sentir et... BIIIIIIIIIIIIIIIIMMM !!!!!! De l'urine !
- Nooooooon, dégueu...
- AAAAAAAAAARRGGG... Je foooooooooooonds... Mais de quel mooooooooooonde... AAAH !
- Ouais ben du coup j'ai tout nettoyé à fond, retourné le matelas, etc.
- Putain il t'arrive toujours n'importe quoi.
- Une suédoise qui pisse dans ton lit... c'est fort.
- C'est une autre culture...
- ...
- Moi, je me reprends un café.

mercredi 19 décembre 2007

Un petit café

15H, Le lendemain de la soirée.

J'ai rendez-vous au "Café Léa" dans le 5e avec Clem et deux potes à nous : Adrien et Romain.
Nous sommes posés tous les quatre au centre du bar, nous mattons les serveuses en attendant qu'elles viennent prendre la commande. Clem et moi reparlons rapidement de la soirée d'hier : la nana qu'il a serrée, la consommation d'une vodka-pipi que je n'ai pas vue (la fille aurait tout bu sans rien remarquer).
Quelques instants plus tard, une serveuse brune pose ses mains sur notre table et dit : "Dites-moi tout..."
- Moi c'est Adrien.
- Putain t'es con mec j'te jure.
- Pour moi ça sera un café.
- Ha ha... "moi c'est Adrien"...
- Idem.
- Pareil
- Vous avez quoi en whisky ? (c'est Romain qui parle, fumant déjà sa 3e clope depuis que nous sommes arrivés)
- J&B...
- J'vais prendre ça !
- Jack Daniels...
- Non je vais prendre ça en fait !
- Ballantine's...
- Ah non en fait, non, je vais prendre ça !
La serveuse rigole franchement (un rire assez sexy d'ailleurs).
- Vous voulez quoi alors ?
- Ben laissez tomber, je vais prendre un café.
- Alors quatre cafés !


Nous regardons tous les quatre la serveuse s'éloigner. Adrien dit : "Pouaaaaaaaaaaa ! Elle est boooooonne !"
- Moi je lui péterais bien la lunette arrière...
- Ben fonce bonhomme, va lui demander son numéro, y'a pas de fumée sans cheveux.
- Ha ha pas mal, et "c'est la cerise qui fait déborder l'eau du gâteau"
- Mort de LOL !
- Mettre la charue avant la peau de l'ours...
- Pas mal !
La serveuse arrive avec les cafés.
- Tu m'enlèves une fière chandelle du pied !
- Prendre des verrues pour des lampions !
- Qui vole un oeuf vole un boeuf.
- Euh non mec, celle-là existe...
- Oui je sais, mais on peut penser que les boeufs pondent des oeufs du coup.
- Ha oui, moi ça me va.
- Mmm, ça se tient.
La serveuse repart en se foutant de nous je crois.
- Bière qui roule n'amasse pas la blanche colombe...
- Bon on va arrêter là les mecs...

dimanche 16 décembre 2007

Soirée (partie 4 : je suis bourré)

Pas loin d'une heure du mat.

Je crois que je me suis assoupi sur le canapé (le looser...). Je me lève pour rejoindre Soso et son groupe. J'ai la tête qui commence à vriller à cause de l'alcool, je perds l'équilibre et retombe sur le canapé.
Je me relève, attrape mon verre de vodka-orange qui n'a toujours pas bougé de sa place. J'avance vers Soso, je traine du pied et le monde tourne autour de moi.
Je me tiens droit comme un "i" à côté de Soso. Elle semble me faire la gueule, alors je lui donne un petit coup de coude complice et l'embrasse sur la joue.

Une fille à ma gauche : brune, bronzée, mèche en travers du front (putain encore !). Elle me regarde et dit : "Salut ! C'est toi le Fred dont m'a parlé Sophie ?"
- mmm... mouais...
- Moi c'est Aurélie ! Je suis en HEC avec Catherine.
- C'est bien...
Je vois Soso qui me regarde avec méfiance, un regard qui veut dire : "Jalousie ! Jalousie ! Je te tue si tu la serres !"
J'avoue qu'elle me fait très peur lorsqu'elle me regarde comme ça...
- Et toi tu fais quoi ?
- Euh... (mes yeux regardent tour à tour Aurélie et Soso)
- ...?
- Euh... hé mais ! T'as les pores du nez vachement dilatés ! Puis avec ton fond de teint, ça ressort encore pire ! C'est dégueulasse !
- Quoi !!!??
Soso explose de rire. Moi je me sens un peu honteux. Mais Soso me prend la main, elle a compris qu'elle a gagné pour ce soir.
- Non mais t'énerve pas... c'est quoi ton nom déjà ? Ah oui, Julie. Non mais les pores c'est pas grave, y'a pire dans la vie. Tiens par exemple : tes cheveux tout gras qui fourchent aux extrêmités...
Là-dessus, je me prends une grosse mandale en pleine tête (je l'avais bien cherchée).

Je cherche Clem du regard, il roule des pelles à Catherine (que je n'ai pas vue revenir de la salle de bain d'ailleurs). Je me retourne vers Soso qui me regarde avec beaucoup trop d'intensité. Elle dit : "On va chez moi ?"
Je regarde Clem, lui ne me regarde pas. J'attrape un bouchon de liège et lui lance dans la figure pour capter son attention. C'est Catherine qui se le prend dans l'oreille. Clem et Catherine se retournent vers moi.
- Soso et moi on se casse !
- Ok mec !
- Merci pour la soirée Catherine !
- Pars vite, avant de te mettre tout le monde à dos !
- ...

J'attrape Soso par l'épaule et nous allons chercher nos manteaux.
Avant de quitter l'appartement, Soso m'enlace et m'embrasse sur la bouche (un baiser qui m'a paru durer une éternité). J'ai une érection.
Aurélie sort des toilettes et s'arrête à côté de nous. Toujours furieuse contre moi, elle se remet du labello et dit :
- T'es qu'un gros connard...
- Fais gaffe au labello, il paraît que c'est fabriqué avec du joui de chèvre, Stéphanie...
- Putain c'est Aurélie !
- Oui oui...
Soso et moi partons en claquant la porte d'entrée.

jeudi 13 décembre 2007

Soirée (partie 3 : drague ?)

Soso se sert un troisième verre de son mélange dont elle a le secret et s'assied sur le canapé en cuir.
Clem revient des toilettes en criant comme un furieux :
- Wouhou ! Fuck da bitch party tonight !
- Mec y'a une fille qui m'a dit qu'elle voulait te parler là-bas (ce qui est entièrement faux). La petite blonde aux gros zboubz.
- Yéééé, c'est parti !
Clem se dirige vers la nana. Il lui pose la main sur l'épaule. Elle a un mouvement de recul et Clem se retourne vers moi, l'air suspicieux. Je lève ma bière vers lui en signe amical.

Une fille se pose à côté de moi, elle dit : "Il a une drôle de gueule ce guacamole".
- C'est la lumière qui fait ça. Je l'ai goûté, il est pas mauvais (oui oui, il s'agit bien du saladier où Clem a vomi, mais elle n'a pas dû voir).
- Ah c'est cool, je vais goûter alors.
Elle plonge un petit morceau de chips dans le "guacamole" et le met dans sa bouche. Je m'écarte d'elle imperceptiblement. Un haut le coeur lui fait recracher le morceau dans le saladier. Je saute sur le canapé pour atterrir à côté de Soso qui regarde dans le vide. S'en suit une gerbe de vomi qui repeint toute la table. La bouffe est foutue. La fille en larmes, me traite de "gros enculé" et quitte le salon en se dirigeant vers le couloir.

Clem revient vers nous : "La pute, elle m'a bâché magistralement. Elle m'a traité de connard puceau débile qui pue le vomi, et pas forcément dans cet ordre"
- Dur mec...
- Et c'est entièrement à cause de toi Fred.
- Aller mec c'était juste une blague, mais elle a pas été sympa.
- Ouais, tout le monde est déjà bourré ici et ils ont tous l'air cons. Attends elle va voir... putain mais la table est couverte de vomi. J'ai soif moi.
- Là bas y'a une autre table à côté de la chaine hi-fi, il reste quelques trucs.
Clem se dirige vers la table et se sert ce qui me semble être une vodka-pomme. Il repasse devant nous et disparaît dans le couloir.

Je suis assis à côté de Soso. Elle me regarde dans les yeux et dit :
- Fred, on a déjà couché ensembles toi et moi...
- Oui..
- Plusieurs fois.
- Mmm mmm... Certes.
- Pourquoi n'a-t-on jamais été ensembles "officiellement" ?
- ...
- Pourquoi Fred ?
- Tu sais bien que je ne peux pas me passer de toi, mais tu ne serais pas heureuse avec moi.
Elle se lève, finit son verre et me lâche : "Ouais...". Elle réajuste son soutien-gorge et se dirige vers un groupe de jeunes branleurs comme moi pour discuter avec eux.

Clem revient, un sourire diabolique aux lèvres. Il me fait un clin d'oeil et regarde son verre. Je sais très bien ce que tout ça veut dire : le verre contient 1/3 de vodka, 1/3 de jus de pomme et 1/3 d'urine.
Clem se dirige vers la fille qui l'a rembarré un peu plus tôt et lui dit : "Je suis désolé d'avoir fait mon relou tout à l'heure. Je te laisse tranquille, mais pour me faire pardonner, je t'ai apporté ce verre..." La fille esquisse un sourire et prend le verre...

lundi 10 décembre 2007

Soirée (partie 2 : showtime !)

23h41
Je débarque dans le salon : murs blancs, parquet à l'ancienne, une bonne trentaine de personnes, des bouteilles d'alcool partout (vides ou pas, faut chercher) et de la bouffe à plus savoir quoi en foutre. Je jette un oeil rapide sur le matériel de sono et je me sens soulagé de voir que ça ne vaut pas ce que j'ai chez moi (petit esprit aime petite chose...).


Sur ma gauche, Soso est déjà en train de rouler des pelles à un mec. Le type : un petit blanc, le crâne rasé, avec un t-shirt noir et un jean bleu délavé, lui attrape les fesses sans finesse (ça sonne bien non ? enfin bref). Encerclée par les deux gros bras du mec, Soso réussit malgré tout à glisser son bras entre leurs deux corps pour lui chopper les burnes et les serrer violement (on déconne pas avec Soso). Le mec hurle avec une voix légèrement aigüe, tout le monde se retourne, je me précipite vers la chaîne hi-fi et coupe le son pour renforcer l'intensité dramatique de la scène et jeter un grand froid.
J'explose de rire, le mec lève la main pour frapper Soso, je m'interpose pour les séparer et me prends involontairement la main du mec dans le nez (putain, ça pique).
Le mec s'excuse (en me gueulant dessus quand même). Je lui dis que j'oublie s'il lâche l'affaire pour Soso. Quelqu'un remet la musique : "say it right" de Nelly Furtado. J'attrape Soso par le bras et la tire vers la table où se trouvent les boissons.

Je dis : "On vient d'arriver, attends un peu avant d'émasculer tout le monde". Elle rit, prend un gobelet et mélange rhum, vodka et jus multivitaminé.
Clem arrive, dansant comme une anguille sur la musique, il est frais comme s'il venait de naître, à part qu'il lui reste des morceaux accrochés à sa barbe naissante.
Je lui fais remarquer. Il s'essuie avec un pull posé sur le dossier du canapé à côté de la table. Soso boit son gobelet cul sec. Elle dit : "On a du retard à rattraper".

Clem attrape un bol contenant encore quelques chips et dégueule dedans. Le bol ne suffisant plus, il attrape un saladier rempli de guacamole et de bouts de chips rammollis et dégueule encore. Il dit : "Putain c'est pas vrai, je reviens".
Il retourne dans les chiottes. Personne ne semble avoir remarqué ce qu'il vient de faire.

Soso s'enquille deux autres gobelets rhum-vodka-multivitamines. Pendant que je me prépare une vodka-orange accompagnée d'une bière (classique mais efficace).

Un grand type s'approche de moi : chemise blanche, lunettes, rasé de près. Il engage la conversation :
- Salut !
- Yo.
- Je suis en école de commerce, tu fais quoi dans la vie ?
- Je m'appelle Fred...
- Ah excuse-moi, moi c'est Filipon.
- Pas de bol.
- ...
- ...
- Euh, tu fais quoi alors ?
- Qu'est-ce que ça peut te foutre ? T'es de la police ?
- Ok salut.
Le type se barre. Je lâche un "connard" que je crois pour moi-même. Il se retourne en me lancant un regard furieux.
Je me sers une autre bière.

vendredi 7 décembre 2007

Soirée (partie 1 : arrivage sur le site)

23h34
On arrive à la soirée, Clem est déjà complètement pété (il n'a pas pu attendre d'arriver et s'est bu tout le riesling).
Catherine (un prénom de bourge) nous accueille. Elle pue l'alcool et sa jupe blanche est tachée par une grosse trace marron au niveau des fesses. Elle prend nos manteaux, m'embrasse sur la bouche (ne me demandez pas pourquoi) et se dirige vers la chambre de ses parents. Clem écarquille les yeux et matant le postérieur de Catherine, il dit : "Fred, zé... euh... zé quoi zur zé fez ?"
- Quoi ? Tu nous racontes quoi Diego De La Vega ? J'ai rien compris.
- Hé les mecs, on voit bien le sperme sur mon t-shirt ou pas ? nous demande Soso. La lumière à l'air un peu faible.
- Oui oui, réponds-je sans la regarder, agacé par le fait que Clem soit déjà HS. T'as essayé de dire quoi abruti ? Essaie de te rassembler un peu et articule avec ta bouche, pas avec ton nez.
Clem dit : "Atta... ahem... c'est de la merde ou quoi sur les fesses de Catherine ?"

Je réfléchis. Nous sommes encore dans l'entrée de l'appartement, un 200 mètres carrés sur les quais de la Seine. J'entends "smack my bitch up" de Prodigy qui émane du salon. J'ignore combien de personnes s'y trouvent. Soso se cambre pour faire ressortir son cul et ses seins et se dirige vers le salon après nous avoir mis une main amicale au cul à Clem et moi.
Je dis : "Je pense que Catherine s'est faite enculée vite fait dans ses chiottes, mais apparement elle a eu un petit accident".
Catherine revient de la chambre de ses parents, je m'aperçois qu'elle a des reste de coke sur les narines. Clem lui dit : "Hé Catherine, c'est par où les lattrines ? (même bourré il est classe ce con) Non parce que là, faut vraiment que j'aille dégueuler... (je retire ce que je viens de dire)".
- Par ici, la 3e porte à gauche dans le couloir.
- Merci, je reviens dans pas longtemps.
Clem se précipite dans le couloir, la main devant la bouche et il me semble avoir vu du vomi sortir de son nez.

Catherine me regarde avec ses yeux mi-clos en me souriant. Je dis : "T'as de la poudre sur le nez et je pense que tu devrais jeter un oeil à ton cul". Elle s'essuie le nez avec un air gêné et se pose devant un miroir situé dans le couloir. J'entends "ouh putain" avant qu'elle ne me regarde les larmes aux yeux. Elle se précipite dans la salle de bain.

La soirée s'annonce mal: Clem dégueule dans les chiottes et Catherine est enfermée dans la salle de bain pour faire disparaître sa merde. Je me dirige vers le salon.

Sur le chemin...

Ça y est, il est 23h10, Clem, Soso et moi-même descendons le boulevard Saint-Michel à pleine foulée. Les bouteilles de Bordeaux et Riesling ne cessent de s'entrechoquer et j'ai peur qu'un accident arrive : un sac plastique rempli d'un très mauvais rosé...

Nous passons devant la fontaine Saint-Michel, lieu de rendez-vous de tous les jeunes pseudo-hippies frustrés et métaleux qui puent le tabac et la sueur.
Je lève les yeux au ciel espérant y voir une étoile ou deux, mais que dalle, c'est comme ça Paris.

Soso s'arrête de marcher subitement et pointe la fontaine du doigt. Nous regardons un type courir en tous sens : il s’est enflammé les couilles en jouant au malin avec ses bolas. Seul son fan club s’affole avec lui. Un mec déchiré à la bière et au cannabis lui met des coups de pieds dans les burnes pour éteindre les flammes qui se sont déjà propagées jusqu’au ventre de ce pauvre débile. Pour conclure, ce dernier se jette dans la fontaine, le cul en avant.
Soso dit : "Mais comment il s'est démerdé ce con ?"
- Accident du travail, je réponds.
- En tout cas, ça sent le poulet grillé...
Nous éclatons de rire tous les trois.
Le mec chiale dans sa fontaine, en se tenant ce qui lui reste de testicules entre les mains. Des touristes japonais applaudissent et prennent des photos.


Clem dit : "Non mais franchement, s'immoler le scrotum...".
Je lui explique qu’à la base, le type n’avait probablement pas l’intention de se les cuire, mais parfois, la vie fait que… sans qu’on s’y attende… en toute innocence… à l’insu de notre volonté bienfaitrice… bla bla bla… Bon, c’est pas tout ça, mais on est putain de sacrément à la bourre !

mardi 4 décembre 2007

Petite pré-soirée posée

Jeudi 12 Novembre, 14H
Une copine me téléphone pour me prévenir qu'elle organise une soirée chez elle le jour même. Une vingtaine de personnes prévues, plurisexes, apporter à boire et/ou à manger. Je lui dis que je viendrai sûrement avec Clem et ma meilleure pote Sophie. La soirée débute à 20h.
J'appelle Clem et Soso pour leur dire de débarquer chez moi vers 21h30 (il faut toujours arriver en retard afin de créer un quelconque effet théâtral et signifier à tous ceux déjà présents que l'on est très attendu).

22h30
Clem débarque chez moi.
Si cela peut paraître classe d'arriver à la bourre à une soirée, il faut quand même anticiper le retard de ceux qui vous accompagnent et qui, de surcroît, n'ont évidemment rien acheté. Bon là manifestement... je me suis merdé. Si on ne se dépêche pas, tout sera terminé avant que nous arrivions.
Je suis déjà avec Soso. En ouvrant la porte, je regarde Clem intensément avec ce terrible regard qui exprime à la fois l'hostilité, la frustration, le dégoût, la haine et finalement, la lassitude, l'abandon et la résignation. Je le fais entrer. J'attrape deux bouteilles de vins dans le frigo (un bordeaux et un riesling), enfile mes baskets et mon manteau et m'apprête à sortir.
Le cerveau de Clem grille au moment où celui-ci pose son regard sur le t-shirt de Soso. Il lui dit : "C'est du sperme séché sur ton t-shirt ?". Elle lui répond sans aucune hésitation qu'effectivement, c'est du sperme, le mien d'ailleurs.
Attendez je vais vous expliquer.

Flash back, même jour, 21h.
Soso frappe à ma porte. En avance comme toujours. Sans me dire bonjour, elle me demande s'il y aura des mecs à la soirée. Sans attendre ma réponse, elle dit : "Viens avec moi on va dans ta chambre !". Elle m'empoigne le bras et m'attire dans ma "garçonnière". Elle dit : "Si je veux serrer ce soir, faut que je passe pour une slut !" Elle enlève son manteau et son t-shirt. Je constate trois choses :
1) Elle n'a rien sous son t-shirt (pas même un soutif)
2) Ses têtons pointent
3) Je bande...
Elle me dit : "Je DOIS avoir l'air de bouffer des bites à longueur de journée, je veux que tu éjacules sur mon t-shirt. Si tu veux, je te laisse me mater pendant que tu te branles". Dis comme ça, ça peut choquer. Mais connaissant Soso, je ne suis qu'à moitié surpris de la tournure des évènements.
Les amis sont faits pour s'entraider, alors bon... je me suis concentré sur ses seins (qui sont très beaux au passage), je me suis imaginé glissant mon sexe entre ses deux protubérances graisseuses et puis voilà. Pouf pouf.
Elle dit : "y'a plus qu'à attendre que ça sèche et ça sera niquel".

22h40
Après avoir expliqué l'histoire du sperme séché à Clem (qui ne fut pas non plus surpris par Soso), nous partons à la soirée.

22h41
Nous retournons dans mon appart, Clem m'ayant intelligement suggéré de prendre des capotes au cas où...

samedi 1 décembre 2007

Au réveil...

Mon portable me sort de ma torpeur, je me réveille chez Marjorie en pensant à une fraise, un enfant qui joue dans le sable et Clem qui fume une clope.
Tous les matins, c’est la même chose : une haleine à faire crever un putois, du miel pops dans les yeux et une trique impossible à ramollir.
Je suis donc toujours chez Marjorie, dans son lit, elle n’est pas dans la chambre. Je suis pris en sandwich entre le duvet et le matelas, j’entame progressivement une opération délicate d’extraction de mon corps hors de cet endroit moelleux et confortable. Puis finalement non, il fait froid, je me remets sous le duvet. La blondasse débarque en trombe dans la chambre, toute habillée, fraîche comme si elle
s’était réveillée déjà maquillée.
Elle dit : "Le p’tit déj’ est prêt !"
Et moi : "Il est quelle heure là ?" Je regarde ma montre, il est déjà onze heures. J’ai raté le début de mes cours.

Je me lève et m'aperçois qu'il y a du sang sur les draps. Je me demande à qui appartient ce sang.


Je me traîne jusqu’à cette foutue table bleue en plastique et pose mon cul tout moite de sueur de la nuit dernière sur une de ces foutues chaises rouges du même matériau. Dire que tout cet ensemble de meubles en plastique coloré coûte les yeux de la tête. Même le mauvais goût a un prix.
Au menu : lait froid, cookies et pâte à tartiner. Je prends un cookie, commence à le manger.
Soudain je songe que le nez comporte des milliers de microvillosités et de poils qui, d’heure en heure, jour après jour, retiennent et entassent tout un tas de merde issu de l’air qu’on respire. J’entame le nettoyage.
- T’es dégueu ! Arrête ça tout de suite putain !
- Tu sais toi, qu’au cours d’une vie entière, l’homme s’extrait presque une tonne de crottes de nez ?
Elle détourne le regard du doigt que je remue dans ma narine et attrape un cookie. Elle dit : "On se fait un resto ce soir ?"
Attendez, laissez-moi deviner… Japonais :
- Japonais ?
- C’est exactement ce à quoi je pensais.
- So « cliché »
Elle se sert un verre d’Évian. Elle dit : "Si je ne bois pas, je me déshydrate, ma peau se dessèche, elle se plisse, des rides apparaissent et je semble plus vieille…"

Je me lève, retourne dans la chambre pour m'habiller.
Deux minutes plus tard je me dirige vers la porte. je dis : "Merci pour cette soirée et le p’tit déj’. A+"
Elle me court après et m'attrape par le bras, le temps de glisser son numéro de portable dans la poche de mon jean : "Appelle-moi." Elle m'embrasse sur la joue.
Je lui lâche un sourire et m'en vais.
Une fois dehors je prends le papier qu'elle a glissé dans ma poche et le jette dans une poubelle.

La pâte à modeler

Il est 14h20 le lendemain et je suis assis sur un banc dans un petit jardin à la sortie de métro de Saint-Germain-des-Prés, j’attends Clem qui est censé me rejoindre à 14h. Je lis American Psycho.
Clem apparaît enfin devant l’entrée du jardin. Chemise blanche moulante à manches courtes, avec des snoopys imprimés dessus. Pantalon large kaki. Il a des cernes, les cheveux en foutoir, une barbe de deux jours bref, une sale tête. Il s’allume une clope.

"Fumer ralentit le débit sanguin et peut provoquer des troubles de l'érection."

Il dit : "J’ai pas dormi de la nuit, mes tuteurs n’arrêtaient pas de s’engueuler, alors je suis allé au ciné, voir un vieux film avec James Stewart, je ne me rappelle de rien, j’ai à moitié dormi. C'était quoi putain... ah oui, The Shop Around The Corner" Il marque un temps d’arrêt, je crois qu’il réfléchit. "À un moment donné, je vais pisser dans les chiottes du cinéma. Derrière la porte d’une des cabines de toilettes, j’entends un mec qui compte jusqu’à six… rapidement, en marquant chaque chiffre : un, deux, trois, quatre, cinq, siiiix... un, deux, trois, quatre, cinq, siiiix... Ça devait probablement le motiver pour déféquer."
Je lui demande : "Pourquoi avais-tu besoin que je te remplace hier soir ?"
- J’avais une fraise dans la poche.
- Quoi ?
- Marjorie vient souvent au Ginmill, elle t’avait déjà vu discuter avec moi, elle voulait que je lui arrange le coup.
- Alors c’était un piège ? Mais c'est quoi ton histoire de fraise ?
- Euh… ouais, si tu veux… c’était un piège.
- I’ve been screwed !
Autour de nous, les feuilles virevoltent dans une danse bizarre. Une fois posées au sol, elles semblent former des mots : "bébé" puis "noie" puis "noie le bébé".
Je sors quelques feuilles de mon sac à dos et les tends à Clem : "Je crois que j’ai trouvé un truc qui va t’intéresser, il reste juste à faire des tests pour les proportions." Clem s’empare des feuilles, il commence à les lire en diagonale : "Fabrication d’une bombe avec du chlore de piscine et du lait…", "avec du désherbant et du sucre…", "du peroxyde d’acétone et des balles de ping-pong", "du foutre et du sucre"… du foutre et du sucre ? Tu te fous de moi ?
Clem explose de rire, les larmes arrivent.

Après s’être calmé, il relit rapidement… nitrocellulose… 50 ml d'acétone…
Je range mon livre dans mon sac et regarde un enfant qui joue avec sa mère, il fait des pâtés de sable et secoue son râteau dans tous les sens, il est heureux. Cela ne durera pas, lorsqu’il découvrira dans quel monde il grandit, lorsqu’il devra travailler, lorsqu’il se fera humilier par les autres, lorsqu’il se fera chopper par les flics avec du matos sur lui, son petit sourire insouciant s’effacera.
Clem est toujours plongé dans ses recettes : "…peroxyde d’acétone… peroxyde d'hydrogène (H2O2 à 9%)..." Il me regarde, l’air satisfait et dit : "pourquoi tu me donnes ça en fait ? C'est pour faire de la pâte à modeler Play d’Oh ?"
Il a raison, je n’en sais foutre rien.
Je me lève, sors mon portable de ma poche pour appeler Marjorie. Je compose le numéro : 06.98.6… je me rends compte que l’agencement des touches de mon portable n’a aucun sens. Il n’y a rien d’écrit sur les feuilles que Clem plie en quatre pour les glisser dans la poche arrière de son pantalon. Je tombe sur le répondeur de Marjo. Je ne comprends rien à ce qu’elle dit. Je raccroche.
Clem ricane : "Elle t’a plu hein ? La p'tite salope...". Oui, lui réponds-je en regardant le bac à sable où se trouvait l’enfant il y a une minute.
Je regarde Clem mais il est déjà ailleurs. À son tour, il regarde l’enfant inexistant qui s’amusait dans le tas de sable.
Il dit : "Être gosse, c’est génial, on s’amuse d’un rien." Clem se retourne vers moi et me lâche :
- Tu savais qu’un enfant sur cinq est chinois ?
- Euh… non Clem, je l’ignorais… Mais je te promets de ne pas avoir plus de quatre enfants.
- Je dois y aller, j'ai des trucs à faire.
- Va mon grand, va.
Et il se casse. Je sors mon livre du sac et poursuis ma lecture. Mon portable sonne…

La bitch...

01h17.
Je pensais qu’elle déconnait. Mais non, elle est là. Elle m’attend. Le Bouledogue, enfin le Caniche, enfin le Teckel, enfin je ne sais plus, mais sa foutue mèche est toujours là. Elle prend la pose : une jambe tendue, l’autre légèrement pliée, les pouces dans les poches de son jean, la tête légèrement inclinée. Bienvenue chez GAP.
Je dis au revoir aux gars, je sors du café et elle ouvre sa putain de bouche : "Désolée pour le retard mon chou." Ses lèvres sont ni trop fines, ni trop pulpeuses, mais sexy quand même. À vue de nez, elle chausse du 90B. Je m’approche d’elle, c’est du 90C (ouch...).
Marjorie. C’est comme ça qu’elle s’appelle. Elle me roule une pelle et m’embarque chez elle : un petit studio grassement payé par papa et maman, dans le style des années 70. Tout le mobilier est en plastique, des couleurs vives partout… Des chaises en plastique translucide rouge, des étagères en plastique translucide mauve, une colonne pour ranger les CDS en plastique translucide bordeaux, une table carrée plastique translucide bleu. C’est comme ça maintenant, un incendie se déclare : les meubles ne brûlent pas, ils fondent. J’ai les yeux qui se dessèchent devant toutes ces chiures colorées.
Elle dandine son petit cul moulé dans son jean devant moi qui suis assis dans son canapé et commence à se désaper devant moi. Elle vire sa veste, son haut noir complètement déstructuré genre "c’est une styliste indépendante qui me l’a confectionné sur mesure."
Elle me dit : "T"as envie de quelque chose ?" Ouais, qu’elle prenne une paire de ciseaux et se coupe sa putain de mèche.


Elle enlève le haut et garde juste son shorty (dissimulerait-elle une bite ?).
Nous nous allongeons sur son lit, et c’est parti : léchage en pagaille, roulage de patins, titillation de tétons, pelotage, etc.
Je lui enlève son shorty et m’aperçois que la moquette n’est pas assortie aux rideaux : Blonde en haut, brune en bas. Je lui enfonce un doigt, elle me chope la verge, se la fout dans la bouche et me la suce comme une sauvage.
Putain ce qu’elle s’y prend mal. Elle me la mord et aspire si fort que mes abdos se contractent jusqu’à la crampe, je ne peux plus respirer. Sur le moment, l’image d’une ventouse me vient à l’esprit. Je la choppe par les cheveux et lui tire la tête en arrière pour qu’elle arrête le massacre. J’ai eu ma dose, je me glisse sur elle, m’introduis doucement là où j’ai vu les singes le faire à la télé. Elle commence à gémir et Canal+ active le cryptage du son et de l’image.

PS: putain j'ai oublié de mettre une capote...

Remplacement

Clem travaille dans un bar de merde : le Corporate Ginmill. Ce n’est pas la première fois que je le remplace, je connais bien la maison. Ce café-bar est assez grand pour accueillir une cinquantaine de personnes. Des tables basses, rondes, noires avec au centre, un cendrier circulaire en verre. De petits cylindres confortables de toutes les couleurs entourent les tables. Ambiance tamisée, pour soirée de jeunes branleurs de merde qui n’ont rien d’autre à foutre que de dépenser tout l’argent de leurs riches parents dans des boissons hors de prix.
Ces petites pétasses se ressemblent toutes : baskets Converse, jean bleu délavé, veste kaki et grosse mèche en travers du front qui leur masque partiellement les yeux.
Ces petits trouducs se ressemblent tous : jean bleu délavé, troué, usé, chemise Gucci pré-froissée à manches longues et tellement de gel sur la tête que leurs cheveux brillent comme le beurre de cacahuète que le mec du commissariat s'était tartiné sur le cul. Des petits bourges, qui minent d’être concernés par la pauvreté dans le monde, qui s’opposent au capitalisme et qui pourtant, en profitent les premiers, ils se lancent des "ouais, grave !", des "tu vois quoi", des "j’hallucine", des "merde, j’ai plus de clopes, je peux t’en taxer ?", des "t’as vu mon nouveau chemisier ?", des "et mon nouveau sac ?", des "et mes pompes ? T’as vu, je les ai trouvées en blanc !", des "j’ai pris un taz la semaine dernière, c’était trop mortel !", des "LOL !!!", des "j’ai mon string qui me rentre dans la fouf", des "hey mais qui a dit ça ?!! La classe quoi…", etc.

Je m'éclipse cinq minutes aux toilettes pour m'astiquer tranquille. je réalise soudain que le sèche main est une arnaque. Il faut appuyer sur un bouton rectangulaire pour l'activer bien qu'il y ait écrit "automatic" sur ledit bouton...
Bref, je sors des latrines.


Je check les commandes et demande au patron : "La mayonnaise, c’est où ?" Il pointe un placard réfrigéré sous le bar. Je tire la poignée métallique, j’ouvre le placard et en sort un tupperware remplit d’une substance visqueuse et jaune qui ressemble vaguement à de la mayonnaise dans laquelle est ensevelie une cuillère en inox. Je plonge ma main dans ce merdier visqueux et en extirpe l’objet brillant. Le manche est gras et poisseux, j’étale deux cuillerées de mayo sur une petite assiette. Je range tout, m’essuie la main sur la blouse d’un client accrochée au porte-manteau et me dirige avec la mayonnaise vers la table n° 14. Je dépose le truc jaune et gras devant le nez de ces petits merdeux et je retourne près du bar.

Un peu plus tard dans la soirée, je regarde un des serveurs préparer les couverts lorsque le barman me dit : "Je crois qu’une petite bonasse a envie de toi, là-bas, la blonde avec la veste kaki et la mèche en travers du front." Il est con lui, elles sont toutes comme ça. Je scrute la salle, et en effet, une blondinette me fait signe d’approcher avec son index dont l’ongle ressemble à un suppositoire à l’eucalyptus. Je fais l’effort de me mouvoir jusqu’à sa majesté qui, sous l’effet d’une quelconque substance psychotrope (ses yeux étaient... comment dire... disons qu'ils ne lui servaient à rien) me dit : "Je te boufferais bien le cul". Cette fille ressemble à un Yorkshire. Bref, je lui dis que je termine mon service à une heure du matin. Elle sourit, me sort un "okay" difficilement articulé et là-dessus, je vais m’occuper d'un autre client.

Le sourire du gars met bien en évidence ses dents mal foutues. Il veut "un peu de tequila, un peu de sunrise (trop drôle) et des frites, s’il vous plaît !". Je prends la commande et la dépose au bar, devant le barman. Au passage, je lui lance : "Arrêtez d’offrir des Carambars aux clients."