Ces petites pétasses se ressemblent toutes : baskets Converse, jean bleu délavé, veste kaki et grosse mèche en travers du front qui leur masque partiellement les yeux.
Ces petits trouducs se ressemblent tous : jean bleu délavé, troué, usé, chemise Gucci pré-froissée à manches longues et tellement de gel sur la tête que leurs cheveux brillent comme le beurre de cacahuète que le mec du commissariat s'était tartiné sur le cul. Des petits bourges, qui minent d’être concernés par la pauvreté dans le monde, qui s’opposent au capitalisme et qui pourtant, en profitent les premiers, ils se lancent des "ouais, grave !", des "tu vois quoi", des "j’hallucine", des "merde, j’ai plus de clopes, je peux t’en taxer ?", des "t’as vu mon nouveau chemisier ?", des "et mon nouveau sac ?", des "et mes pompes ? T’as vu, je les ai trouvées en blanc !", des "j’ai pris un taz la semaine dernière, c’était trop mortel !", des "LOL !!!", des "j’ai mon string qui me rentre dans la fouf", des "hey mais qui a dit ça ?!! La classe quoi…", etc.
Je m'éclipse cinq minutes aux toilettes pour m'astiquer tranquille. je réalise soudain que le sèche main est une arnaque. Il faut appuyer sur un bouton rectangulaire pour l'activer bien qu'il y ait écrit "automatic" sur ledit bouton...
Bref, je sors des latrines.

Je check les commandes et demande au patron : "La mayonnaise, c’est où ?" Il pointe un placard réfrigéré sous le bar. Je tire la poignée métallique, j’ouvre le placard et en sort un tupperware remplit d’une substance visqueuse et jaune qui ressemble vaguement à de la mayonnaise dans laquelle est ensevelie une cuillère en inox. Je plonge ma main dans ce merdier visqueux et en extirpe l’objet brillant. Le manche est gras et poisseux, j’étale deux cuillerées de mayo sur une petite assiette. Je range tout, m’essuie la main sur la blouse d’un client accrochée au porte-manteau et me dirige avec la mayonnaise vers la table n° 14. Je dépose le truc jaune et gras devant le nez de ces petits merdeux et je retourne près du bar.
Un peu plus tard dans la soirée, je regarde un des serveurs préparer les couverts lorsque le barman me dit : "Je crois qu’une petite bonasse a envie de toi, là-bas, la blonde avec la veste kaki et la mèche en travers du front." Il est con lui, elles sont toutes comme ça. Je scrute la salle, et en effet, une blondinette me fait signe d’approcher avec son index dont l’ongle ressemble à un suppositoire à l’eucalyptus. Je fais l’effort de me mouvoir jusqu’à sa majesté qui, sous l’effet d’une quelconque substance psychotrope (ses yeux étaient... comment dire... disons qu'ils ne lui servaient à rien) me dit : "Je te boufferais bien le cul". Cette fille ressemble à un Yorkshire. Bref, je lui dis que je termine mon service à une heure du matin. Elle sourit, me sort un "okay" difficilement articulé et là-dessus, je vais m’occuper d'un autre client.
Le sourire du gars met bien en évidence ses dents mal foutues. Il veut "un peu de tequila, un peu de sunrise (trop drôle) et des frites, s’il vous plaît !". Je prends la commande et la dépose au bar, devant le barman. Au passage, je lui lance : "Arrêtez d’offrir des Carambars aux clients."
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