samedi 1 décembre 2007

Au réveil...

Mon portable me sort de ma torpeur, je me réveille chez Marjorie en pensant à une fraise, un enfant qui joue dans le sable et Clem qui fume une clope.
Tous les matins, c’est la même chose : une haleine à faire crever un putois, du miel pops dans les yeux et une trique impossible à ramollir.
Je suis donc toujours chez Marjorie, dans son lit, elle n’est pas dans la chambre. Je suis pris en sandwich entre le duvet et le matelas, j’entame progressivement une opération délicate d’extraction de mon corps hors de cet endroit moelleux et confortable. Puis finalement non, il fait froid, je me remets sous le duvet. La blondasse débarque en trombe dans la chambre, toute habillée, fraîche comme si elle
s’était réveillée déjà maquillée.
Elle dit : "Le p’tit déj’ est prêt !"
Et moi : "Il est quelle heure là ?" Je regarde ma montre, il est déjà onze heures. J’ai raté le début de mes cours.

Je me lève et m'aperçois qu'il y a du sang sur les draps. Je me demande à qui appartient ce sang.


Je me traîne jusqu’à cette foutue table bleue en plastique et pose mon cul tout moite de sueur de la nuit dernière sur une de ces foutues chaises rouges du même matériau. Dire que tout cet ensemble de meubles en plastique coloré coûte les yeux de la tête. Même le mauvais goût a un prix.
Au menu : lait froid, cookies et pâte à tartiner. Je prends un cookie, commence à le manger.
Soudain je songe que le nez comporte des milliers de microvillosités et de poils qui, d’heure en heure, jour après jour, retiennent et entassent tout un tas de merde issu de l’air qu’on respire. J’entame le nettoyage.
- T’es dégueu ! Arrête ça tout de suite putain !
- Tu sais toi, qu’au cours d’une vie entière, l’homme s’extrait presque une tonne de crottes de nez ?
Elle détourne le regard du doigt que je remue dans ma narine et attrape un cookie. Elle dit : "On se fait un resto ce soir ?"
Attendez, laissez-moi deviner… Japonais :
- Japonais ?
- C’est exactement ce à quoi je pensais.
- So « cliché »
Elle se sert un verre d’Évian. Elle dit : "Si je ne bois pas, je me déshydrate, ma peau se dessèche, elle se plisse, des rides apparaissent et je semble plus vieille…"

Je me lève, retourne dans la chambre pour m'habiller.
Deux minutes plus tard je me dirige vers la porte. je dis : "Merci pour cette soirée et le p’tit déj’. A+"
Elle me court après et m'attrape par le bras, le temps de glisser son numéro de portable dans la poche de mon jean : "Appelle-moi." Elle m'embrasse sur la joue.
Je lui lâche un sourire et m'en vais.
Une fois dehors je prends le papier qu'elle a glissé dans ma poche et le jette dans une poubelle.

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