Clem s'allume une clope (acétone, phosphore, méthanol, goudron, formaldéhyde, naphtaline, nicotine, cadmium, monoxyde de carbone, chlorure de vinyle, plomb, acide cyanhydrique, cire d’abeille, ammoniaque, laque, térébenthine, arsenic, méthoprène, butane, polonium 210, DDT, xylène…) La clope : son « suicide progressif ». Sa maîtrise de la mort, le contrôle de sa vie.
Aujourd’hui, il est torse nu et porte un jean bleu délavé par quatre années d’utilisation intensive. Il n’achète ni DVDs ni CDs (merci le peer to peer) ni revues pornos, il ne possède pas de téléphone portable, bref, c’est un européen raté. Il me regarde avec ses yeux verts et ses cheveux ébouriffés devant son front. Clem sourit comme un con, avec ses dents parfaitement alignées.

Sa tutrice frappe à la porte de sa chambre (car oui, il a été adopté : personne n'en veut que voulez-vous ?). Un coup de fil pour lui. Elle se glisse difficilement à l’intérieur de la pièce par l’encadrement de la porte en se tortillant et écrasant son gras contre le mur. C’est une grosse dondon avec des cheveux blonds coupés au carré. Elle porte un t-shirt orange fluo et un pantalon en stretch noir qui lui moule les deux boudins qui lui servent de jambes et le zeppelin qui lui sert de cul. Elle me crache : "Encore là Fred !? Alors tes études de chimie ? Et tes parents ?" Elle donne le combiné à mon pote. Je lui réponds que ma mère est toujours aussi frustrée sexuellement, que mon père ment encore sur son état de santé pour continuer à percevoir sa pension d’invalidité et que mes études se portent à merveille, merci bien.
Elle ouvre ses grands yeux marron, couleur chiure de chauve-souris, regarde vers le sol d’un air consterné, puis finalement, sort son gros cul obèse de la chambre en grognant. Clem passe sa main dans ses cheveux gras, la regarde, la renifle, plisse son front d’un air soucieux, s’essuie la main sur son jean : "Tu pourrais me remplacer au boulot demain soir ?"
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